08.02.2016 | Défense et Sécurité - Conférence
TERREUR DANS L’HEXAGONE, GENÈSE DU DJIHAD FRANÇAIS.

France-Amériques, Paris.

Conférence-débat organisée en partenariat avec France-Amériques à l’occasion de la parution du livre de Gilles Kepel, Terreur dans l’Hexagone, genèse du Djihad français (Gallimard, 2015)

Capture d’écran 2016-03-03 à 14.49.36  ©Vincent Baillais

 

Extraits :

 

 » En quelque sorte, j’écris ce livre depuis 30 ans. Depuis 1982, date de la parution du Prophète et Pharaon, mouvements islamistes dans l’Égypte contemporaine, je n’ai cessé de m’intéresser aux mouvements islamistes et de vouloir comprendre leur fonctionnement. J’ai terminé Terreur dans l’Hexagone, genèse du djihad français peu avant les attentants, j’effectuais les corrections d’épreuves le 13 novembre.

Comment en sommes-nous arrivés là?  Aux attentats de janvier 2015, à la décapitation d’un homme, Isère, en juin, à l’attentat déjoué du Thalys en août, et à ces terribles attaques du 13 novembre 2015? Qu’est ce qui a conduit des jeunes, nés et éduqués en France, à commettre de telles monstruosités et à vouloir détruire la société française ?

La théorie de l’islamisation de la radicalisation, portée par Olivier Roy, voudrait que ces terroristes soient des nihilistes qui se seraient emparer du vocabulaire de l’Islam. Je m’inscris en faux contre cette théorie. On ne peut comprendre ces actes terroristes sans faire référence au Djihad contemporain et à l’idéologie salafiste. Il est essentiel d’analyser le contexte géopolitique, idéologique et dogmatique de cette forme de terrorisme, au risque de passer à côté de sa véritable compréhension. »

 

Le Djihadisme Troisième génération

 

« Le premier grand Djihad s’achève en 732 par Charles Martel, à Poitiers. Le second Djihad prend fin en 1683, c’est la défaite des Ottomans à Vienne.

Nous sommes aujourd’hui face au Djihad troisième génération.

Ce Djihad trouve ses racines en 1979, dans un monde en turbulence qui voit Khomeini prendre les rennes de l’Iran et l’Armée rouge envahir l’Afghanistan, que le vocable du Djihad est réactivé. Les Saoudiens, leurs alliés, et les Etats-Unis, réutilisant ce mot, ont ouvert une boite de Pandore qui ne s’est jamais refermée. En1989, les troupes soviétiques quittent Kaboul. Les Djihadistes (moudjahidines)  originaires de divers pays arabes tels que la Syrie, l’Irak ou l’Algérie, venus aider leurs frères afghans, retournent dans leur pays d’origine. En Algérie, ils seront le fer de lance de la guerre civile de 1992, qui débordera sur le sol français (Khaled Kelkal). Mais ce mouvement djihadiste va échouer, en France comme en Algérie, à cause de son hyper-violence qui le conduit à une forme d’asphyxie.

Ben Laden a voulu corriger cet échec. Son approche s’est distinguée par le passage d’une logique de l’ennemi proche à une logique de l’ennemi lointain, par une politique de sidération de l’adversaire et par une forte volonté de mobilisation. S’il a sans conteste réussi à sidérer son adversaire (utilisation les média et du terrorisme-spectacle le 11 septembre) et à le faire paraitre comme un colosse aux pieds d’argile, Ben Laden n’a pas réussi à susciter de mobilisation suffisante. Il a essayé de profiter de l’Irak en 2003 pour se donner un territoire, mais cette tactique n’a pas fonctionné car il s’est retrouvé pris en tenaille par le conflit sunnite/chiite. La seconde phase de ce Djihad a donc -encore- été un échec.

C’est en 2005 qu’Abou Moussab Al-Souri, un ingénieur formé en France, invente le Djihad troisième génération. Il rédige un « Appel à la résistance islamique mondiale » de plus 700 pages, qu’il met en ligne sur Internet. C’est un véritable mode d’emploi du Djihadsime, où l’Europe, définie comme le ventre mou du monde occidental, y est désignée comme coeur de cible. L’objectif est de créer la guerre civile en Europe et de bâtir un califat sur les ruines de cette guerre. Le moyen est la création d’un système -et non d’une organisation- pour passer par le bas, sous le radar des services de renseignements, afin de se développer de manière réticulaire. La diffusion Internet est l’outil par excellence (youtube facebook, twitter…) et l’univers carcéral est également exploité, Que l’on pense à Fleury-Mérogis où se sont croisés les anciens d’Al Qaida, les frères Kouachi, Amedy Coulibaly…

La diffusion de ces idées, associée à l’échec de révolutions arabes, explique l’ampleur de ce Djihadsime troisième génération.

Aujourd’hui, nous avons à affronter ce nouveau Djihadisme. Mais nous ne sommes pas en guerre. Les véritables enjeux auxquels nous devons répondre sont d’ordre culturels, politiques et répondent à des problématiques d’intégration sociale.

Les derniers attentats ont peut-être signé une erreur politique de Daesh. Les victimes ont été tuées parce qu’elles étaient des apostats, toute personne « n’étant pas Daesh » étant visée. On a vu naître une nouvelle prise de conscience chez les Musulmans à l’issue de ces attentats. »

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