27.01.2017
L’INNOVATION, UNE PHILOSOPHIE POUR UNE PLANÈTE PACIFIQUE, DURABLE ET PROSPÈRE ?

Le Forum du Futur et Culture-Tops ont été heureux de recevoir

Nicolas BOUZOU

économiste, essayiste et directeur-fondateur du Cabinet Astérès, autour de son livre, L’innovation sauvera le monde, Philosophie pour une planète pacifique, durable et prospère (Editions Plon, septembre 2016).

 Cette Rencontre fait partie du cycle des Eclaireurs du Futur, une initiative Forum du Futur et Culture-Tops, en partenariat avec la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale, Synopia et Atlantico.
Animée par Bertrand Devevey, elle a réuni plus de 80 personnes à l’Hôtel de l’Industrie, le 12 janvier 2017.

Nicolas Bouzou2

 EXTRAITS : 

« Oui, notre époque se prête à de nombreux discours déclinistes : ‘notre monde est le pire des mondes’, ‘nos clochers disparaissent’ et autres fantasmes… Mais tout cela est faux. Ce n’est pas un avis personnel ou une démesure d’optimisme de ma part, c’est un fait : le monde va mieux qu’on ne le pense.

Il suffit d’étudier les travaux de spécialistes (Steven Pinker sur les questions de sécurité, Johan Norberg sur l’économie), pour s’apercevoir que l’état du monde n’a jamais été aussi bon qu’aujourd’hui, sur à peu près tous les sujets.

Quelques exemples : la pauvreté extrême n’a jamais été aussi basse (elle concernait 85% de la population en Chine en 1985, contre 14% aujourd’hui !), la mortalité infantile n’a jamais été aussi réduite, l’espérance de vie en bonne santé n’a jamais été aussi élevée, les indicateurs de liberté dans le monde n’ont jamais été aussi bons : on n’a jamais eu autant de démocraties et de mouvements démocratiques dans le monde, et … ce qui est peut-être le moins intuitif, le monde n’a jamais été aussi sûr qu’aujourd’hui. En Europe occidentale, si nous comptons depuis 3 / 4 ans entre 150 et 160 morts par an liés au terrorisme, n’oublions pas que dans les années 70, on y dénombrait plus de 300 morts annuels, du fait du terrorisme politique, essentiellement anarchiste.

L’histoire de l’humanité est une histoire de l’amélioration. Nous vivons plus longtemps, dans de meilleures conditions de santé et de sécurité… aujourd’hui plus que jamais. C’est d’ailleurs cela qui nous rend vulnérables : nous nous sommes habitués à vivre dans un confort admirable.

 

L’humanité a connu cinq grandes périodes de mutation : l’invention de l’agriculture, l’Antiquité de Périclès, la Renaissance, la Révolution industrielle, et notre époque. Nous vivons ce passage. Nous vivons une transformation aussi importante que la Renaissance en Europe au 15ème siècle.

Chacune de ces mutations a été permise par la convergence de plusieurs technologies, cette convergence modifiant radicalement le monde en terme schumpétérien de destruction créatrice. Ce qui est inédit aujourd’hui est que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une mutation schumpétérienne s’opère à un niveau mondial.

Les obsessions de la Silicon Valley rejoignent celles de la Renaissance : la maîtrise du temps et de l’espace. Que l’on pense à la Fondation de Mark Zuckerberg qui se donne comme objectif la disparition des maladies d’ici 2100, ou que l’on observe le travail de Calico, société de biotechnologies fondée par Google, le ton transhumaniste est donné sur la volonté d’accroitre l’espérance de vie, encore et toujours.

Concernant l’espace, l’ambition « plus vite et plus loin » s’incarne dans le projet de colonisation de Mars d’Elon Musk. L’idée étant que nous sommes des humains avant d’être de simples terriens…

 

Mais si l’innovation fascine, elle fait également peur. En 1818, à 19 ans, Mary Shelley écrivait Frankenstein pour alerter sur les dérives et les problèmes qui pouvaient découler de la technologie. Aujourd’hui, il nous faut une Mary Shelley à l’envers… car aujourd’hui, toutes les fictions sont terribles et le drapeau de la peur est sans cesse agité.

Prenons l’exemple de l’emploi : il y a toujours eu cette crainte que la technologie tue l’emploi. Mais elle ne le tue pas ! Elle le déplace, opérant à un mouvement de déplacement de la main d’œuvre. Nous ferions mieux de parler de la formation continue que de parler du revenu universel ! Il faut ordonner les choses : nous sommes face à une transformation du travail, non une disparition du travail

Nous devons nous souvenir que la technologie est neutre. Son usage est libre. Il n’y a pas nécessairement d’utilisation néfaste, et le grand -et urgent- sujet pour les intellectuels est de revoir la notion de progrès.

 

Le vrai danger dans la mutation que nous traversons est la peur qu’elle génère et ses possibles conséquences politiques. La séduction que peuvent opérer des discours simples et rassurants, qui amènent au nationalisme ou au fondamentalisme, est inquiétante. Si l’on cède à ces sirènes, pour le coup, il y aura de vrais problèmes. La fermeture est toujours le début du déclin dans l’histoire. Toujours.

Plus que jamais, nos sociétés ont besoin d’échanges, de coopération, d’institutions multinationales comme l’OMC ou l’ONU… même si ces institutions sont imparfaites, nous en avons besoin, tout comme de redonner sens à nos démocraties libérales et là la notion de progrès.  »

 

 

 


Quatre Questions pour éclairer le futur :

Quel est le fait/l’événement récent qui vous laisse le plus d’espoir ?

En décembre dernier, l’OMS a annoncé la mise sur le marché d’un vaccin contre le virus EBOLA. C’est une formidable nouvelle. Dans l’histoire de l’humanité, on n’avait jamais réussi à mettre en place un vaccin contre une maladie aussi grave aussi rapidement. Ce qui est d’autant plus remarquable est que la découverte de ce vaccin soit issue d’une double coopération : coopération internationale et coopération public/privé.

Quelle est la personne (homme/femme politique, écrivain, homme/femme d’affaires…) dont les paroles vous paraissent les plus porteuses ?

J’ai un mentor intellectuel : Mario Vargas Llosa. Il est rare qu’un homme ait su à la fois mener une œuvre artistique et intellectuelle aussi immenses. J’admire en lui l’artiste, l’intellectuel, l’homme d’action… qui s’est présenté aux présidentielles du Pérou dans les années 90, et je garde en mémoire ses charges anti nationalisme, son libéralisme tempéré, son amour pour la mondialisation.

Quel est le livre ou le film que vous nous conseillez de lire ou de voir, pur enrichir notre perception du futur et de ses enjeux ?

Je vais en citer deux de Luchino Visconti : Le Guépard et Rocco et ses frères. Ces films permettent de comprendre le futur. Ils racontent tous deux les mutations d’une société sous les aspects positifs et négatifs, fascinants et angoissants, à des moments charnières de mutations économiques. Ce sont des films fantastiques pour comprendre ce que l’on vit aujourd’hui.

Quel conseil personnel pourriez-vous nous donner pour préparer l’avenir ?

Un conseil difficile mais nécessaire : lutter contre ses peurs, et notamment contre les peurs collectives. On a le droit d’avoir peur, mais nous l’avons trop déculpabilisé, il faut reconsidérer que la peur est quelque chose contre laquelle on doit lutter.


Evénement organisé en partenariat avec :

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En savoir plus:

 Notre ambition: donner la parole aux porteurs de trajectoires d’espérance !

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